Les chroniques des potos #2: Straasha/Numenor – Split

    Le black atmosphérique est un style à part dans la galaxie du black metal. Ses codes sont plus qu’approximatifs, et l’expérimentation y est omniprésente, même si les sonorités tendent à se ressembler de plus en plus de nos jours. Cela dit, le but du black metal atmosphérique, sa raison même d’exister, c’est la création d’émotions chez l’auditeur.

    Aujourd’hui, je vous parle d’un split de black atmosphérique français, sorti en 2002 chez Melancholia Records, petit label indépendant de black français et russe. Ce split réunit les one-man bands STRAASHA et NUMENOR, tous deux nés avec le millénaire. La particularité de ce split, et par là même sa force, c’est sa modernité. Il pourrait très bien sortir de nos jours, et possèderait toujours une certaine fraîcheur, alors qu’il est sorti à une époque où le prodige WOODS OF DESOLATION n’était pas encore né, où le monstre DRUDKH n’avait pas même poussé ses premiers hurlements.

    Bon, c’est qui ces ovnis de STRAASHA et NUMENOR ? STRAASHA est né de l’esprit de Lord Barth, musicien de black metal depuis les années 90, et est son premier projet concret. NUMENOR est l’engeance d’un certain N. Sandoval, lui aussi enfant du metal noir des débuts, bercé à SATYRICON et ULVER. Ce split est né grâce à Emperor Xaelis, producteur et compositeur de black lui aussi, qui a permis la rencontre entre Sandoval et Barth. Je vais commencer par la partie de STRAASHA, qui est plus un mini-album qu’autre chose, avec ses 28 minutes.

    Il s’agit avant tout d’un concept-album, racontant les péripéties d’un marin qui a une révélation sur la mort de son père, et embarque dans un périple pour en savoir plus, ce qui va l’amener à se pose des questions existentielles et à rencontrer des personnages surnaturels. L’artwork de cet album épouse parfaitement son thème, puisqu’il consiste en une fresque océane, dominée par le bleu et le vert, sans distincte séparation entre ciel et mer. Mais il est temps de prendre le large et de parler de la musique même.

    À l’écoute de cet album, on remarque immédiatement la production, d’une qualité indéniable, qui met l’accent sur les riffs de guitare inspirés par SARGEIST et WINDIR. La basse présente, harmonieuse, fixe la direction que prend chaque chanson. Le premier morceau, intitulé A Revelation Beyond Dream, constitue le début d’un voyage maritime en plusieurs mouvements. Cette entame est une démonstration classique de black metal, possédant une ambiance prenante. Les blast beats enragés, œuvre d’Emperor Xaelis, se marient étonnamment bien avec le chant tantôt clair, tantôt hurlé de Barth. Plein d’émotions positives (qui toutefois font par moments perdre sa puissance au morceau), ce Chapter I est suivi naturellement par un premier Interval acoustique, interlude agréable qui fixe l’univers de l’album. Chapter II : … Drawing Near The Quest et Chapter III : A Farewell To Worlds sont deux morceaux qui affirment définitivement la puissance dans les riffs de STRAASHA. Ils sont extrêmement complets dans les atmosphères qu’ils mettent en place et par leur composition même.  Une certaine gravité dénote de ces chansons, et caractérise bien la progression de l’album finalement. Le chant clair majestueux de Barth nous emmène ainsi sur l’océan à bord d’un navire solitaire, qui dérive sur une mer d’huile couverte de brume. Alors que l’album devient plus acoustique, mettant en place une belle ambiance, Chapter V : Great Battle Of Elements met brutalement fin à cette tranquillité, avec le retour de blast beats intransigeants et de mélodies sombres et torturées toujours inspirées par l’eau qui semble omniprésente dans l’univers de cet album. On assiste en fait au déchaînement de la mer, à une tempête d’une violence inouïe. The End, le dernier morceau de l’album, marque le retour de la guitare acoustique, accompagnée d’un triste violon et de samples de vagues s’écrasant sur un rivage désert. Il clôt parfaitement la partie STRAASHA du split.

    Il est temps de passer à la partie de NUMENOR. D’une grande beauté, l’artwork est un paysage glacial, partagé entre le bleu du ciel et la neige immaculée, que seul vient déchirer un bosquet de conifères. A l’image de cet artwork, le thème de cet album semble être l’hiver à la beauté impitoyable, et l’élévation spirituelle qu’inspire une nature si pure, loin du vice de l’homme. Oui je dis des trucs fragiles mais c’est comme ça le black atmo !

Personnellement, c’est NUMENOR qui m’a énormément plu dès la première écoute de ce split. Le jeu de guitare, tantôt aigu et déchirant, tantôt doucement épuré, est un régal pour les oreilles. Ajoutons à cela un blast beat impeccable et une vitesse honorable à la double pédale, on obtient un album particulièrement soigné au niveau des instruments. Le chant de Sandoval quant à lui est bien plus sombre que celui de Barth, alternant hurlements typés black metal et chant clair au timbre vibrant. L’album débute avec A Journey Of Honour, un morceau absolument magnifique qui n’est qu’émotion. Le chant clair qui va et vient est une drogue, un baume pour le cœur tant il se marie bien avec les mélodies simples et belles qui l’accompagnent. C’est bien à la capacité de transmettre des émotions que l’on reconnaît la valeur d’un groupe de black atmosphérique, et selon ce critère, Numenor est un maître du genre. Allegiance To The Dark Spirit Of Elements et Engulfed In Eternal Majesty sont à l’image du premier morceau, remplis d’émotion, avec peut-être moins de force que ce dernier. Cela dit, certains riffs sont de véritables perles qui frappent et marquent l’esprit. On arrive alors à A Cosmic Revelation qui est le véritable monument de l’album, dernier des quatre morceaux. Sur un ton mélancolique (et même empreint de rage), le morceau débute avec un alliage de hurlements, de blast beat et d’une mélodie sublime. Sandoval délivre même par moments un growl typé death metal, et invite quelques notes de piano. Sur un rythme galopant, le morceau avance et répand la tristesse et la beauté qui en émanent. Au-delà des émotions transmises, ce morceau est de qualité par sa composition impeccable et sa justesse musicale : tous les instruments se complètent de manière harmonieuse. A Cosmic Revelation clôt ainsi ce split STRAASHA / NUMENOR.

    Bon voilà, je crois que vous avez compris : il faut aller écouter ça de suite. J’ai vraiment beaucoup apprécié ce split, car beaucoup de groupes de black atmo de nos jours délaissent les émotions au profit d’une musique plus ambiante, moins mélodieuse. Revenir au source de temps en temps ne fait pas de mal. Je vous le dis, allez écouter ce split ! Tous les fans de black y trouveront leur compte, et même les autres, parce que c’est de la putain de belle musique quand même.

Cette chronique vous a été présentée par @Theeeo_Dr

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