Les chroniques des potos #3: Zonata – Reality

Groupe: Zonata

Album : Reality

Année : 2001

Genre : Neoclassical Power Metal

Nationalité : Suède – Borås (Västergötland)

Deux ans après leur premier opus intitulé “Tunes of Steel”, plutôt favorablement accueilli par la critique bien que resté très underground, le timide quintet de Zonata dévoile au grand jour sa seconde œuvre, “Reality”. Si l’album précédent avait plu de par ses sonorités rappelant le Heavy/Power allemand qui a tant fait parler de lui à la fin des années 80, le groupe mise cette fois-ci sur la mélodie. Ils optent, avec  “Reality”, pour un son de guitare moins marqué, un jeu moins frénétique, mettant davantage en avant les claviers et les mélodies de certains morceaux. Autant de changements que de points en leur faveur, en somme!

Je me tente, cette fois-ci, à faire quelque chose de profondément répugné par bon nombre de chroniqueurs (et on les comprend), à savoir faire presque du track-by-track tant les chansons sont différentes les unes des autres. Loin de moi l’idée de faire un catalogue énumératif de ce qui est bien ou pas! L’idée, ici, sera d’isoler certaines chansons pour en parler en détails et de les comparer avec d’autres semblables. Sur ces quelques précautions, plongeons-nous pleinement dans l’œuvre des frères Nyberg.

De prime abord, l’album se contredit de par son visuel, entre le titre “Reality” et la pochette. L’un, dont les paroles dudit titre font références aux catastrophes causées par l’homme, est extrêmement terre-à-terre (et donc porte bien son nom), tandis que l’autre, dessinée par Derek Riggs (créateur de la mascotte Eddie des cultissimes Iron Maiden), nous offre une vision plus “fantaisiste” de cette réalité. Deux astres, dans le ciel, une ville, sur la gauche, protégée par des remparts semblables à ceux de la Renaissance et des aéronefs, dans le ciel, rappelant le mouvement Steampunk. Au travers de cette pochette, tout est donc fait pour laisser l’esprit s’échapper dans un monde fictif, mais le discret titre “Reality” est là pour nous faire revenir… à la réalité.

On peut établir deux catégories pour cet album: l’une comprenant les titres sonnants Heavy et presque épiques, l’autre comprenant ceux plus mélodiques, lents, presque atmosphériques. Néanmoins, dans les deux cas, on retrouve l’énergétique set de batterie de Mikael Hornqvist (cette dernière caractéristique étant un des traits principaux de Zonata). Dans les deux cas on retrouve des claviers, instrument central de cet album.

Le titre “Reality”, premier de l’album, est un de ceux appartenant à la première catégorie. Bref, lourd, mélodique, rappelant les titres du précédent album, la voix aiguë de Johannes Nyberg nous plonge directement dans le vif grâce aux excellentes et entrainantes mélodies, qu’il s’agisse des couplets, du refrain ou même de la dernière phrase, à part, en toute fin de morceau. Et malgré un titre dominé par les puissants riffs de guitare, les claviers arrivent à se dégager une place en milieu de chanson pour nous offrir un magnifique solo.

Cet aspect Heavy accompagné d’excellentes mélodies vocales saupoudré de quelques notes de clavier non déplaisantes est renforcé dans la chanson d’après, “Divided We Stand” qui débute immédiatement par le premier couplet, sans formes d’introductions. On retrouve également cette plongée brutale dans “Hollow Rain”, une chanson aux paroles dépressives qui se dépêche de chanter tout son texte en moins d’une minute avant de laisser place à presque trois minutes d’instrumental assez plaisant.

D’autres titres nous offrent, cette fois-ci, une présence accrue des claviers et une technicité supérieure de la part des guitares. C’est le cas de “Illusion of Madness” qui nous prouve que John Nyberg (à ne pas confondre avec Johannes Nyberg, aux claviers et au chant!) sait parfaitement maitriser son instrument et s’intégrer dans le mouvement néoclassique. Quant aux claviers, ils nous offrent tantôt un mélodique (mais trop court) solo tantôt un riff déchainé (lors du main riff, au début).

On pourrait consacrer un paragraphe entier sur la mélancolie de certaines musiques, que cela soit dans les paroles, dans la mélodie ou tout simplement dans le rythme de la chanson. Je viens d’évoquer la correcte « Hollow Rain », mais je pourrai parler des quatre excellentes (voire parfaites!) « Symphony of the Night », « Dimension to Freedom », « Life? » et « Wheel of Life ». La première, ma petite préférée, est quelque peu dynamique par moments tout en créant une atmosphère quelque peu triste, mélancolique, marquée par le chant de Mr Nyberg. Il s’agit d’ailleurs d’une des seules chansons de l’album (hélas) où la basse à un réel intérêt, apportant sa propre touche à certains passages. Enfin, après un ultime refrain, la chanson se poursuit en une longue instrumentale, enchaînant les bons solos, avant de conclure discrètement, de manière sobre et sèche – cet outro étant, à mon goût, la mieux réussie de toute l’œuvre). Pour la seconde, c’est l’inverse: une très longue et magnifique introduction, très largement dominé par ces magnifiques claviers aériens qui donnent une dimension atmosphérique, presque rêveuse à l’album. Introduction appuyée de temps à autres par les guitares ainsi que le bon set de batterie, et qui n’est pas de trop. Mais le vrai potentiel de ces deux derniers instruments n’est révélé qu’à la moitié de la chanson, à la fin de l’introduction. Les guitares se lâchent et enchaînent, à un rythme quelque peu soutenu, quelques mélodies magnifiques, alternant avec le chant mélancolique – mais beaucoup plus chargé d’espoir que dans « Symphony of the Night » ou « Hollow Rain ». Au final un enchaînement relativement rapide de guitares et de chants, avant de conclure un peu plus lentement.

« Life? » et « Wheel of Life » sont marquée par un tempo nettement plus lent que les autres chansons. On pourrait presque parler ici de balades. La première peut, elle aussi, être découpée en deux parties. La première, qui constitue la majeure partie de la chanson, regroupe toutes les paroles ainsi que les lents power chords pour appuyer ce chant. La deuxième débute aux environs de la troisième minute et est purement instrumentale. Dominée par ce clavier aux mélodies magnifiques, nous offrant même un instant de grâce, un passage ne comportant uniquement que cet instrument atmosphérique, la chanson se finit sur cette même mélodie accélérée de plus en plus vite. Une des façons les plus originales de conclure un morceau.
Quant à « Wheel of Life », on retrouve cette même ambiance, lente, mélodique, pesante, accentuée par les claviers jouant lors de l’introduction des accords grave. On ressent ici une atmosphère proche de celle de certains groupe de Doom, dans le sens où l’on sent le jugement dernier arriver (bien que la chanson en elle même ne traite pas de ce sujet).

D’autres peuvent offrir un son quelque peu plus joyeux, avec des sons plus Heavy. C’est le cas de « Divided We Stand » comportant un très bon pré-refrain, et où toute la technicité des guitares se fait sentir. Cest également le cas de « Forever », marquée par une technicité accrue de la part de la guitare lead, en particulier lors du solo rappelant fortement les sonorités néoclassique de ses prédécesseurs. Enfin, on peut citer « Gate of Fear » qui nous offre une excellente dernière piste, aux paroles certes simplistes (un héros-sans-peurs qui va tuer un dragon que personne n’a jamais osé approcher pour son trésor) mais aux sonorités joyeuses et entraînantes, bouclant malgré tout l’album sur une note plus que positive.

Avec « Reality », qui offre globalement une qualité de sons plus que satisfaisante pour son époque, le quintet Zonata nous offre un fort agréable album qui s’écoute sous plusieurs humeurs. Tantôt joyeux, tantôt mélancoliques ou tantôt rêveurs, les onze titres de ce chef-d’oeuvre plaira a une large palette d’amateurs de Power. Que ça soit du Heavy pur et dur à la Helloween ou Iron Savior, au Mélodique et fantastique à la Morifade, ou bien même aux sonorités néoclassiques rappelant certains morceaux de Versailles, chacun y trouvera sa part du gâteau. Ainsi, Zonata frappe fort dans le domaine du Power underground. Hélas, peut-être pas assez pour se détacher de leur scène locale car ce groupe n’alla nulle autre part qu’à la division, en 2003 – ou peut-être est-ce les regards qui, infortunément, ne se tournèrent jamais vers eux?

« Victim of night
Slave to my pride
Every new day has it’s change
Innocent lies
Our faith lies in time
Please understand.

Every fortune has it’s end
Think of this my friend
Even if you’re right within
Meet reality. »

– Symphony of the Night

Here they stand on the trail that gives eternal life
They have walked with sorrow in their souls
Side by side damned into eternal dark
Forever enslaved by twisted hearts. »

– Dimension to Freedom

« He tried to burn me with flames that came from his nose,
I have this armor that protects me from fire.
Cut up his stomach, out came this shiny stone.
Now I am tired and I will go home. »

– Gate of Fear

Membres: Mattias Asplund (basse), Mikael Hornqvist (batterie), John Nyberg (guitares), Johannes Nyberg (chant, claviers)

Cette chronique vous a été présentée pae Andi, un chroniqueur dont voici le blog: tunesofsteel.wordpress.com Des chroniques travaillées, dans divers genres (du Candlemass, du Revocation, du Aria,…)

:)

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Les chroniques des potos #2: Straasha/Numenor – Split

    Le black atmosphérique est un style à part dans la galaxie du black metal. Ses codes sont plus qu’approximatifs, et l’expérimentation y est omniprésente, même si les sonorités tendent à se ressembler de plus en plus de nos jours. Cela dit, le but du black metal atmosphérique, sa raison même d’exister, c’est la création d’émotions chez l’auditeur.

    Aujourd’hui, je vous parle d’un split de black atmosphérique français, sorti en 2002 chez Melancholia Records, petit label indépendant de black français et russe. Ce split réunit les one-man bands STRAASHA et NUMENOR, tous deux nés avec le millénaire. La particularité de ce split, et par là même sa force, c’est sa modernité. Il pourrait très bien sortir de nos jours, et possèderait toujours une certaine fraîcheur, alors qu’il est sorti à une époque où le prodige WOODS OF DESOLATION n’était pas encore né, où le monstre DRUDKH n’avait pas même poussé ses premiers hurlements.

    Bon, c’est qui ces ovnis de STRAASHA et NUMENOR ? STRAASHA est né de l’esprit de Lord Barth, musicien de black metal depuis les années 90, et est son premier projet concret. NUMENOR est l’engeance d’un certain N. Sandoval, lui aussi enfant du metal noir des débuts, bercé à SATYRICON et ULVER. Ce split est né grâce à Emperor Xaelis, producteur et compositeur de black lui aussi, qui a permis la rencontre entre Sandoval et Barth. Je vais commencer par la partie de STRAASHA, qui est plus un mini-album qu’autre chose, avec ses 28 minutes.

    Il s’agit avant tout d’un concept-album, racontant les péripéties d’un marin qui a une révélation sur la mort de son père, et embarque dans un périple pour en savoir plus, ce qui va l’amener à se pose des questions existentielles et à rencontrer des personnages surnaturels. L’artwork de cet album épouse parfaitement son thème, puisqu’il consiste en une fresque océane, dominée par le bleu et le vert, sans distincte séparation entre ciel et mer. Mais il est temps de prendre le large et de parler de la musique même.

    À l’écoute de cet album, on remarque immédiatement la production, d’une qualité indéniable, qui met l’accent sur les riffs de guitare inspirés par SARGEIST et WINDIR. La basse présente, harmonieuse, fixe la direction que prend chaque chanson. Le premier morceau, intitulé A Revelation Beyond Dream, constitue le début d’un voyage maritime en plusieurs mouvements. Cette entame est une démonstration classique de black metal, possédant une ambiance prenante. Les blast beats enragés, œuvre d’Emperor Xaelis, se marient étonnamment bien avec le chant tantôt clair, tantôt hurlé de Barth. Plein d’émotions positives (qui toutefois font par moments perdre sa puissance au morceau), ce Chapter I est suivi naturellement par un premier Interval acoustique, interlude agréable qui fixe l’univers de l’album. Chapter II : … Drawing Near The Quest et Chapter III : A Farewell To Worlds sont deux morceaux qui affirment définitivement la puissance dans les riffs de STRAASHA. Ils sont extrêmement complets dans les atmosphères qu’ils mettent en place et par leur composition même.  Une certaine gravité dénote de ces chansons, et caractérise bien la progression de l’album finalement. Le chant clair majestueux de Barth nous emmène ainsi sur l’océan à bord d’un navire solitaire, qui dérive sur une mer d’huile couverte de brume. Alors que l’album devient plus acoustique, mettant en place une belle ambiance, Chapter V : Great Battle Of Elements met brutalement fin à cette tranquillité, avec le retour de blast beats intransigeants et de mélodies sombres et torturées toujours inspirées par l’eau qui semble omniprésente dans l’univers de cet album. On assiste en fait au déchaînement de la mer, à une tempête d’une violence inouïe. The End, le dernier morceau de l’album, marque le retour de la guitare acoustique, accompagnée d’un triste violon et de samples de vagues s’écrasant sur un rivage désert. Il clôt parfaitement la partie STRAASHA du split.

    Il est temps de passer à la partie de NUMENOR. D’une grande beauté, l’artwork est un paysage glacial, partagé entre le bleu du ciel et la neige immaculée, que seul vient déchirer un bosquet de conifères. A l’image de cet artwork, le thème de cet album semble être l’hiver à la beauté impitoyable, et l’élévation spirituelle qu’inspire une nature si pure, loin du vice de l’homme. Oui je dis des trucs fragiles mais c’est comme ça le black atmo !

Personnellement, c’est NUMENOR qui m’a énormément plu dès la première écoute de ce split. Le jeu de guitare, tantôt aigu et déchirant, tantôt doucement épuré, est un régal pour les oreilles. Ajoutons à cela un blast beat impeccable et une vitesse honorable à la double pédale, on obtient un album particulièrement soigné au niveau des instruments. Le chant de Sandoval quant à lui est bien plus sombre que celui de Barth, alternant hurlements typés black metal et chant clair au timbre vibrant. L’album débute avec A Journey Of Honour, un morceau absolument magnifique qui n’est qu’émotion. Le chant clair qui va et vient est une drogue, un baume pour le cœur tant il se marie bien avec les mélodies simples et belles qui l’accompagnent. C’est bien à la capacité de transmettre des émotions que l’on reconnaît la valeur d’un groupe de black atmosphérique, et selon ce critère, Numenor est un maître du genre. Allegiance To The Dark Spirit Of Elements et Engulfed In Eternal Majesty sont à l’image du premier morceau, remplis d’émotion, avec peut-être moins de force que ce dernier. Cela dit, certains riffs sont de véritables perles qui frappent et marquent l’esprit. On arrive alors à A Cosmic Revelation qui est le véritable monument de l’album, dernier des quatre morceaux. Sur un ton mélancolique (et même empreint de rage), le morceau débute avec un alliage de hurlements, de blast beat et d’une mélodie sublime. Sandoval délivre même par moments un growl typé death metal, et invite quelques notes de piano. Sur un rythme galopant, le morceau avance et répand la tristesse et la beauté qui en émanent. Au-delà des émotions transmises, ce morceau est de qualité par sa composition impeccable et sa justesse musicale : tous les instruments se complètent de manière harmonieuse. A Cosmic Revelation clôt ainsi ce split STRAASHA / NUMENOR.

    Bon voilà, je crois que vous avez compris : il faut aller écouter ça de suite. J’ai vraiment beaucoup apprécié ce split, car beaucoup de groupes de black atmo de nos jours délaissent les émotions au profit d’une musique plus ambiante, moins mélodieuse. Revenir au source de temps en temps ne fait pas de mal. Je vous le dis, allez écouter ce split ! Tous les fans de black y trouveront leur compte, et même les autres, parce que c’est de la putain de belle musique quand même.

Cette chronique vous a été présentée par @Theeeo_Dr

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